Nouvel an sur la Routeburn Track | fjordlands

On avait prévu depuis le départ de faire une Great Walk (longue randonnée) pour changer d’année au coin du feu, dans un refuge, sans réseau ni électricité. Et c’est grâce à un énorme coup de bol qu’on a pu fêter 2017 sur la Routeburn Track, une des plus belles randos de NZ !

LAST MINUTE BOOKING

On le confesse : on s’y est encore pris comme des manches. Fin octobre, on s’est enfin réveillés pour checker les disponibilités dans les huts. En gros, trouver une couchette dans une hut de Great Walk, c’est comme trouver un billet pour le concert privé de U2 deux semaines avant la date. Les places sont parfois toutes prises au mois de juin ! Donc grosse déception en octobre : rien. Nada. Nothing. No more places.

Mais comme on est du genre têtu, on a continué à surveiller. Tous les jours. Et le 31 octobre… 2 places se libèrent sur les deux principales huts ! On fonce, on dégaine la carte bleue ($54 par personne la nuit, mais sans jacuzzi ni TV satellite^^).

« PRENEZ VOS WAY-K »

Le 29 décembre, on passe donc à Queenstown pour retirer nos coupons. On regarde le bulletin météo, et on dirait que le ranger a noté les prévisions pour Brest en plein de mois de février : vent et pluie le 31, tempête l’après-midi, idem le 1er de l’an. Heureusement, et ça se mérite, le 2 ne sera pas trop dégueu. Mais il y a toujours une solution : « Partez tôt et prenez vos k-ways et votre sac étanche, et ça sera « lovely »« , parole de Ranger.

31 DÉCEMBRE, routeburn, c’est parti !

Après un gros dodo dans le camping du DOC au fin fond de Glenorchy et après avoir bien ficelé les sacs (petits extras du nouvel an inclus), à 6h on décolle. Marie est complètement écrasée sous les sacs pleins, mais le départ n’est qu’à 5 kilomètres, donc elle n’a pas le temps de mourir étouffée.

À 7 heures, on démarre. Un petit robin, un oiseau des fjordlands, nous dit adieu sur le parking.

Marie est dans le gaz, elle oublie la tente à côté de la voiture. Heureusement, elle se rend compte au début du sentier qu’elle a aussi oublié ses mouchoirs et repart à la voiture. Comme quoi deux bêtises, ça s’annule.

DE LA ROUTEBURN SHELTER À LA ROUTEBURN FALLS HUT

Les Great Walks sont sensées être accessible au plus grand nombre. Et effectivement, ce premier tronçon à travers la forêt, c’est l’autoroute. Le sentier longe la Routeburn River, qui gronde dans des tourbillons bleu turquoise.

On touche du kauri, pas de pluie. Moins de 3 heures plus tard, on aperçoit la Routeburn Falls Hut, perchée à flanc de montagne, juste avant la lisière de la forêt. Il n’est que 10h30, il va falloir s’occuper !

COOL ! ON PEUT CHOISIR NOTRE LIT ! …

On est passé de cake à flan. Tout heureux d’arriver les premiers, on se rue dans le dortoir pour choisir allègrement nos lits. Et là… sueur froide. On vous explique. Lors de notre précédente rando sur plusieurs jours, nous avions dormi côte à côte dans les couchettes 6 places. On avait crevé de chaud (vive la chaleur humaine).
Alors cette fois, on a ingénieusement pris un seul de nos duvets (qui sont monstrueusement obèses), en pensant le mettre en couette pour nous deux. Mais là, à la Routeburn, vous le devinez, ce sont des lits superposés. Non. On n’est pas futés. Mais comme on l’a déjà dit, on est têtus et on évalue les options. À vrai dire, on a tenté la sieste à deux dans le même duvet, et ça l’a fait. On se réveille donc enfarinés à 15h, et on constate que la hut s’est bien remplie.

HISTOIRE D’UN NOUVEL AN

L’AUBERGE ESPA…JAPO…AUSTRA… CORÉE… BREF, KIWI.

Dans la salle commune, ça parle toutes les langues. Étonnamment, on est les seuls français et il y a peu d’allemands. Et dans un sens, c’est cool. Tout le monde est arrivé complètement noyé, car dehors, les prévisions météo ont pour une fois été justes : c’est la tempête.

Déjà, dans la cuisine, ça commence à préparer le réveillon. À 17h30, quatre kiwis sont déjà à table, une perruque sur la tête, à faire péter les crackers et le vin rouge. Derrière nous, six australiens dégainent les menus déshydratés et de quoi les réhydrater : un cubis de vodka. Bah oui, faut voyager léger !

Nous, on se contente pour le moment de prendre l’apéro. Petit extra : olives, buja (biscuits bizarres) et un bon petit gewurztraminer transvasé dans une bouteille d’eau. C’est pas très classe, mais ça pèse moins lourd.

À notre table, un gars de notre âge bouquine, silencieusement. Il a déjà mangé et sirote tranquillement son eau de coco. Quand soudain : « Where are you from ? » ! On aurait presque sursauté. Mais ça y est, notre premier copain de New Year Eve est trouvé. C’est Michael, un canadien de Toronto.

« OH, THAT’S MY LAST GUEST ! »

À 20h, c’est l’heure de l’apple pie en sachet pour les kiwis, mais aussi l’heure pour le Ranger de récupérer les tickets de tout le monde. Il fait son discours, quand soudain, la porte de la salle s’ouvre avec fracas. Le vent et la pluie pénètrent dans la pièce. Au milieu de la tempête, il est là, habillé tout en blanc, les cheveux collés sur le visage, sans un poil de sec. Le ranger s’écrit :  » SWEET AS ! THAT MY 50TH AND LAST GUEST ! » (« Super! Voici mon 50ème et dernier invité! » Et pour nous, c’est notre deuxième copain de NYE. Il est coréen, a commencé la rando depuis la fin et est super déçu quand il apprend qu’il n’y a pas de douches dans la hut.

L’ÉQUIPE AU COMPLET

Le copain coréen, (Hang Hang, on a compris son nom comme ça…) une fois bien essoré et séché, demande si il peut s’installer à notre table.
Au début, on ne comprend pas bien son anglais, mais visiblement c’est réciproque. Mais très vite, il se révèle complètement barge et se met à nous montrer des photos d’hippopotames du Kenya et d’allemands qui ont fait du Helpx chez lui (le HelpX c’est une couverture, car chez lui, on ne fait rien) et qui sont arrivés en moto depuis l’Europe (les mecs ont quand même réussi à traverser la Russie et la Corée du Nord…).
Décidément, de tous les asiatiques, ce sont les coréens qu’on préfère. Juste après, Walter, un vieux kiwi qui a bossé en Bretagne pour Alcatel se joint à nous, suivi par Jakob, un autrichien qui a l’air d’avoir 15 ans. Tout le monde est motivé pour attendre minuit !

L'équipe
L’équipe

PETIT RÉVEILLON TIP TOP CHEF

Alors que tout le monde commence à déserter la cuisine vers 21 heures, on commence à manger notre super repas : udon au poulet et au curry thaï vert.

Pour le dessert, tout le monde partage ce qu’il a : des cookies pour Jakob et Michael, des crackers BBQ au riz pour Hang, et slice au caramel pour nous.

À 22 heures, la lumière se coupe (c’est pas avec le soleil de l’aprèm que les accus solaires ont été rechargés !). Jakob sort un jeu de carte bizarre (allemand), et essaye de nous apprendre un espèce de tarot bizarre (allemand). Visiblement, il n’y a que Michael qui a l’air de comprendre quelque chose. Hang lâche l’affaire, et on finit par jouer au Scum (ou AssHole, ou Trou du Cul en français). Hang ne dit plus rien. Au bout de quelques minutes, il se met à ronfler. On rigole, il se réveille, et nous demande de le réveiller 10 minutes avant minuit. Il part se recoucher sur un banc plus loin.

5 ! 4 ! 3 ! 2 ! 1 !

Dix minutes avant minuit, Michael file chercher la Guinness qu’il a emmené pour fêter la nouvelle année. Au passage, il réveille notre ami coréen qui nous rejoint en titubant. Les australiens d’à côté commence à vraiment être frais, concours de pets à la clé. Nous, on se sert le dernier verre de blanc. Michael partage sa bière avec Hang, qui n’a pas de verre mais qui lui tend son bol de riz.

À minuit, comme partout dans le monde, on dit adieu adieu à 2016 en 4 langues différentes et on trinque. Et dix minutes après, en bons sportifs (ou en bons galériens), on file au lit.

Oui, ça a l'air un peu degeu comme ça...
Oui, ça a l’air un peu degeu comme ça…

1er JANVIER : DES ROUTEBURN FALLS AU HARRIS SADDLE

Réveil involontaire à 6h, avec la porte du dortoir grande ouverte et les va-et-vient incessants des australiens (on ne sait pas comment ils font, vu ce qu’ils se sont mis la veille). Mais ça tombe bien car si on veut éviter le déluge, on a intérêt à partir maintenant. On petit-déjeune, mais on ne croise pas nos copains du Nouvel An, qui ont prévu de faire la grasse jusqu’à 11h.

À 8h, on enfile le sac et on y va. Le sentier grimpe directement sur les rochers. À quelques centaines de mètres de la hut gronde les superbes Routeburn Falls, encore plus impressionnante à cause des précipitations de la veille. Le terrain au dessus change du tout au tout et devient une plaine rase, dans un camaïeu de jaune-brun.

Les marguerites des montagnes sont en fleur, mais l’été nous dit au revoir. Les nuages s’épaississent, le vent se lève. On rajoute le pantalon étanche, mais déjà, on doit coller la falaise à cause du vent. Le lac Harris est dans les nuages et la brume remplit doucement les vallées. On passe le Harris Saddle, le col qui mène sur l’autre versant, dans la Hollyford Valley. Devant, c’est le grand blanc, voir le grand bleu. Il paraît qu’en face de nous, on voit les montagnes enneigées du Fjordland et la mer. Il paraît…

DU HARRIS SADDLE AU LAKE MACKENZIE

Depuis Harris Saddle, le chemin s’est rétréci. On progresse pendant 2h avant de rebasculer sur l’autre versant. Et là, au fond d’un immense cirque encore enneigé, il est là : le Lake Mackenzie, irisé du noir au turquoise, du vert au gris. Sur une rive, toute petite : la Mackenzie hut. Première pensée : on est pas encore arrivés !

1h30 de descente bien raide plus tard, on entre enfin dans la forêt. Et quelle forêt ! En Nouvelle-Zélande, elles sont toutes tellement différentes ! Dans celle-ci, les mousses ont tout envahi. Les arbres, sûrement centenaires, ont entortillés leurs racines autour de rocs gigantesques, et se tordent jusqu’à nous forcer à escalader leurs branches énormes. Ici le vent se tait, pas de bruit.

BIENVENUE À LA MACKENZIE HUT

La Mackenzie hut
La Mackenzie hut

Nous y voilà. Une fois encore, il n’y a pas trop de monde pour le moment. On met à sécher nos vêtements détrempés près de la cheminée et on file choisir nos lits. Coup de bol, ce coup-ci, il y a un lits 15 places. On aura pas tout raté.

On mange notre soupe du midi en regardant tomber la pluie, on lit, on joue aux cartes. C’est long. Très long. À l’avenir, on ne partira plus aussi tôt (si on a le choix). Si seulement on pouvait ressortir pour faire un tour autour de ce beau lac !

Petit à petit, ça se remplit. On retrouve Walter le kiwi et Michael. Cette fois, on cède au mouvement du groupe, de manger très tôt. On se cuisine notre couscous/sauce tomate/chorizo, et on cuit notre banane au chocolat.

La banane
La banane

Le fils d’une famille de japonais louche dessus et devient à moitié tout excité derrière ses grosses lunettes. On pense que son régime à base de soupe miso lui a provoqué des carences en sucre… Pour lui changer les idées, son père (bonnet roulé au sommet de son crâne, pantalon en nylon trop court et chaussettes-tongs) l’emmène faire du feu. Ils passeront la soirée à blinder la cheminée de tout ce qu’ils trouveront à brûler, pendant que la mère monopolisera une table de 8 personnes avec des dizaines et des dizaines de sachets de nourriture nippone. Ils sont fous ces jap’!

À 8h, le Ranger fait sa visite journalière. Il est génial. C’est sa 23e saison dans la hut, et démarre un speech passionné et passionnant sur la sauvegarde des oiseaux dans le Fjordland National Park et la chasse aux furets (vous saviez qu’un furet tue pour le plaisir et s’accouple avec les furets femelles alors qu’elles viennent de naître ?) . Une fois le pamphlet contre les Émile Louis à poil, on décide d’aller se coucher, après avoir échangé nos coordonnées avec Michael. On espère bien le revoir bientôt au Canada. Demain, c’est une grosse journée : on retourne sur nos pas et on a 20 kilomètres à faire.

20 KM, OU COMMENT ÉVITER LA GALÈRE DE LA NAVETTE DE LA ROUTERBURN

Il faut savoir que la Routeburn Track n’est pas une boucle. Vous commencez la rando dans le Mount Aspiring National Parks du côté de Glenorchy, et vous arrivez côté Fjordland, près du Milford Sound. Si la rando a une longueur totale de 34 kilomètres, vous devez ensuite, pour retrouver votre voiture, faire… 324 kilomètres soit 4h20 de route, et en passant, dépenser $140/personne.

En orange, le tracé de la Routeburn Track. En bleu, la route pour retourner au point de départ…

La meilleure solution qu’on a trouvé, c’est de rebrousser chemin le troisième jour. Ça fait 20 kilomètres dans la journée, et on se réserve la dernière partie pour une autre fois.

Nous voilà donc sur le chemin du retour. Cette fois, le temps se lève, et on découvre ce qu’on a loupé : tout. Des hauteurs du lac Mackenzie, ça y est, on aperçoit la mer de Tasman au fond du fjord. C’est magique. On ne vous décrira pas le chemin une fois de plus parce que c’est exactement le même, mais cette fois-ci, on a pu sortir sans risque la gopro, on a donc quelques photos à vous montrer.

ÉPILOGUE

Le retour s’est relativement bien passé. Au retour, la balade en forêt s’est transformée en safari’z’oizo. On a eu la chance d’observer des kakariki (petits perroquets vert, jaune et rouge), des riflemen (petites boules vertes volantes), des tomtits, des robins et des yellow-head, en voie de disparition.

Un rifleman
Un rifleman
Un couple de robins
Un couple de robins

À 16h, on arrive au parking, heureux de larguer les sacs.

BONUS – LA ROUTEBURN MAIS PAR L’AUTRE BOUT

Comme prévu, une semaine après, on est parti de l’autre bout pour voir ce qu’on avait manqué. Ça aurait été dommage de ne pas le faire, car le Key Summit est splendide.Le Key Summit est en fait un marécage étonnant, perché à plus de 1 500 mètres. D’en haut, on découvre les vallées des fjordlands creusées par les glaciers, le superbe lac Marian qu’on ira voir plus tard.  Allez, pour vous remercier d’avoir eu le courage de lire jusqu’ici, une petite photo.

Key summit, nature walk
Key summit, nature walk

 

BONNE ANNÉE À TOUS !

Submit a comment

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *