Sur la route des glaciers | Tai Poutini National Park

En soi, on a rien contre un peu de pluie. Mais quand on en vient à oublier qu’on est dans l’hémisphère sud et que nos deux cerises sur le gâteau (3 jours de kayak dans le Doubtful Sound et la Kepler Track) se retrouvent annulées à cause d’une « alerte cyclone », on dit stop. On met la maison dans le coffre et cap au nord-ouest, direction le West Coast-Tai Poutini National Park et ses glaciers. Eux, au moins ne seront pas liquides.

Le 21 janvier, on laisse donc derrière nous Te Anau, ses fjords et ses takahe. On fait un stop le soir à Bendigo, la ville fantôme, qu’on avait tellement aimé la première fois qu’on est passé. Mais on arrive un peu tard, et bizarrement, l’ambiance a complètement changé depuis la dernière fois. On se croirait un soir de clôture des vieilles charrues. Au moins, maintenant, on sait qu’on peut ouvrir une canette de bière en se l’éclatant sur le front. Même si on reconnaît que les québécois ont un certain savoir-faire (ou une case en moins, on sait pas trop).

Le lendemain matin, on reprend la route. On passe Cromwell ou des hélicoptères volent au ralenti au dessus des ceriseraies pour sécher les fruits. On revoit une dernière fois Wanaka, on dit adieu au Lac Hawea qu’on aime tant, on repasse Haast Pass avec ses airs de Jurassic World, et nous voilà sur la côte ouest.

Comme à chaque fois qu’on y est passé, c’est gris, gris, et encore gris.

WELCOME TO FOX GLACIER

On atteint Fox Glacier Town en fin d’après-midi. On s’arrête demander les prix des tours en hélico mais… on se ravise pour ne pas hypothéquer la suite de notre voyage. On se dit que ça fera une bonne chose à mettre dans la bucket-list quand on sera à la retraite et qu’on voyagera en bus. À la place, on va plutôt faire dans la dentelle: une petite rando de type « route » jusqu’au sommet du Mont fox.

Mais en attendant, il faut quand même poser la tente…

GILLEPSIES BEACH

Après une vingtaine de minutes sur une gravel road à travers une forêt de fougères arborescentes, on arrive sur la côte. Le vent a bien dégagé le ciel au niveau de côte, et c’est sous une belle lumière qu’on découvre un endroit…magique. Tournez la tête vers la droite, vous avez sous les yeux tous les sommets des Southern Alps. Tournez vers la gauche, vous avez une plage de galets splendides, fracassée par le Pacifique, pas si pacifique que ça. Et au milieu, vous n’avez plus qu’à enfoncer vos sardines. Et voilà. Une place dans notre top 5 des campings du DOC.

LA MOUNT FOX ROUTE

Pour éviter de se retrouver en plein « white out » (comme le black-out mais en blanc avec des nuages),  on enfile les godasses à 7h. L’objectif est un peu raide, et c’est le moins qu’on puisse dire: 1000m sur 3,5km jusqu’au sommet, et rebolote vers le bas. On se rend vite compte qu’on fera pas trois pas sur du plat. La route en NZ, voilà à quoi ça ressemble. Mais après tout, on était prévenus 🙂 (et on commence à aimer ça).

Après 2 heures d’escalade dans une superbe forêt humide, on arrive enfin en zone alpine.

Malheureusement, on arrive un peu tard, les nuages commencent à descendre. On croise deux kiwis qui ont passé la nuit en tente au sommet. Ils nous montrent les photos de la soirée précédentes : des étoiles à gogo, tous les sommets des Southern Alps enneigés sous la lune…

Quelques keas, des nuages qui passent en coup de vent, et enfin, le Fox Glacier. Pas de Southern Alps pour aujourd’hui, mais ça vaut 1000 fois 6 heures dans la bouillasse.

On vous passe le récit de la descente, exactement comme la montée mais avec de la grêle en haut et de la pluie en bas. On a les genoux qui tremblent à la sortie, mais on est contents.

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Quitte à être dans le coin, on décide de faire un saut par la route « classique » du Glacier Fox, c’est à dire depuis le bas.

LA FOX GLACIER VALLEY TRACK

Après dix petites minutes de voiture, on rejoint le parking principal du Glacier Fox. Maintenant qu’on vous a montré à quoi il ressemble, voici quelques mots sur ce monstre de glace un peu particulier. Le Glacier Fox est l’un des glaciers le plus accessible de Nouvelle-Zélande, car il descend à moins de 230 m du niveau de la mer, ce qui est tout à fait unique. (De la plage, on le voit d’ailleurs très bien). Il mesure près de 12km de long, et au plus haut, il a une hauteur de glace équivalente à la Tour Effeil. Malheureusement, il est en net retrait et fond à vu d’oeil. Alors admirons-le, tant qu’on peut encore le faire.

LE FRANZ JOSEPH GLACIER

Le 21 janvier, on range les affaires tôt le matin, on dit au revoir à notre joli petit camping de Gillepsies et on taille. Le Franz Joseph est a environ 1 heures de route vers le nord du Fox Glacier.

Arrivé sur le parking du Franz Joseph, on réfléchit deux minutes. On avait projeté de faire une rando de 5 heures pour voir le glacier d’un peu plus haut. Mais on réfléchit deux minutes: on en a encore plein les pattes de la veilles, les chaussures de marche sont encore mouillées, les flaques de boues n’ont probablement pas encore séchées et puis…on se demande si on aura une plus jolie vue en ayant perdu 3 litres de sueur. En fait, on a surtout la flemme.  Alors on décide de refaire la marche qu’on avait faite sous la pluie avec la famille de Dams, qui était superbe.

Sous le soleil, c’est tout aussi beau et vraiment différent. Le chemin serpente d’abord dans la forêt qui se régénère doucement au fur et à mesure du retrait du glacier, puis serpente dans le lit de la rivière jusqu’à la moraine, et la langue du glacier.

On se rend compte de la vitesse à laquelle changent les vallées glacières, car l’itinéraire du chemin à travers les moraines (gravats amoncelés par le glacier) a complètement dévié en quelques mois.

Cette fois, on a de la chance, on arrive à voir ce bout de glace jusqu’en haut. Enfin jusqu’à hauteur du regard.

ALORS? PLUTÔT FOX OU PLUTÔT FRANZ?

À titre personnel, on dirait plutôt Fox, parce qu’on a eu la chance de le voir du dessus, de près et de loin. Mais on pense aussi que ça serait un gachis immense de choisir l’un des deux, sous pretexte qu’un glacier, ça reste un gros glaçon dans une vallée. Les deux vallées sont magiques. Pour le Fox, on a l’impression de déambuler dans un paysage du crétacé, avec forêt tropicale et falaises vertigineuses. Pour le Franz, on débarque sur une planète étrange, grise et bleue, rincée par une rivière qui ramasse tout sur son passage (même les randonneurs qui ne font pas gaffe).

Autre impression: les hélicos. Alors que la fonte des glaces et des glaciers est un problème majeur, le nombre d’hélico survolant la zone du Fox Glacier et du Franz Joseph Glacier est tout à fait aberrant. Ces vols coûtent au minimum $250 (pour 8 minutes), et il y a des départs toutes les 10 minutes. Le bruit est permanent et presque assourdissant, même du Mont Fox, pourtant bien plus haut qu’eux. Au point qu’on a pas regretté d’avoir grimpé plutôt que d’avoir survolé le monstre.

Mais bon, on changera peut-être d’avis un jour. Alors on se donne rendez-vous quand on sera à la retraite, pour vous faire partager notre expérience de vol en helico au dessus des glaciers (et aussi ce que ça fait de voyager entre vieux dans un bus).

 

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